Autonomie numérique: Verdier appelle à une souveraineté renforcée Verdier appelle à l’autonomie numérique via le soutien aux logiciels libres et une souveraineté renforcée des infrastructures publiques.
La notion d’autonomie numérique est au cœur d’une audition marquante à l’Assemblée nationale, où l’ancien ambassadeur du Numérique pour la France, Henri Verdier, a esquissé les contours d’une souveraineté renforcée du numérique. En dirigeant la fondation Inria, Verdier a rappelé les faiblesses structurelles de l’écosystème et tracé les voies pour que l’État et le secteur privé gagnent en autonomie sur les technologies clés, notamment par le recours accru aux logiciels libres.
Contexte et propositions d’Henri Verdier
Lors de l’audition tenue mardi 10 mars dans le cadre d’une commission d’enquête, Verdier a défendu une stratégie d’autonomie numérique fondée sur une politique affirmée de soutien aux logiciels libres et sur des facteurs de souveraineté clairement identifiés. Selon lui, la France doit sortir d’un modèle trop dépendant des technologies et des écosystèmes étrangers et s’appuyer sur des ressources publiques qui favorisent la transparence, l’interopérabilité et la réutilisation du code.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte européen où les projets comme Gaia-X et les espaces de données visent à déployer des alternatives ouvertes, compatibles et plus contrôlables par les acteurs publics et privés. Verdier a insisté sur l’importance d’un cadre opérationnel capable d’inscrire les logiciels libres dans les achats publics, les standards et les architectures d’État afin de limiter les risques de confinement technologique.
Ce que signifie une politique en faveur des logiciels libres
Le cœur de sa proposition tient à des actions concrètes plutôt qu’à des déclarations d’intentions. Logiciels libres et code source ouvert ne seraient plus des options: ils deviendraient une condition de base pour les systèmes critiques, des plateformes de données publiques et des outils internes à l’administration. Voici les leviers envisagés :
- Cadre public pro‑open source : publication du code source des applications publiques et obligation de réutiliser des composants éprouvés lorsqu’ils existent.
- Interopérabilité et standards : adoption de standards ouverts pour faciliter l’intégration entre services et acteurs privés, sans dépendance propriétaire.
- Achats publics régulés : préférer les solutions libres dans les marchés publics lorsque cela est techniquement viable et économique.
- Pouvoir de souveraineté des données : plateformes et infrastructures qui garantissent l’accès, la portabilité et le contrôle des données publiques.
Enjeux et limites à considérer
La vision de Verdier est séduisante sur le papier, mais elle doit faire face à plusieurs défis réels. La mise en œuvre demande des ressources humaines spécialisées, des mécanismes de gouvernance clairs et une coordination européenne renforcée. Les coûts de migration et de formation peuvent être élevés, et le passage au logiciel libre ne peut se faire sans une stratégie de sécurité, de maintenance et de qualité soutenue sur le long terme. De plus, l’ouverture du code public pose des questions de sécurité et de responsabilité, qui nécessitent des audits et des contrôles systématiques.
Pour terminer
La démonstration d’Henri Verdier souligne une orientation: privilégier la souveraineté numérique et l’autonomie stratégique par une politique publique active qui favorise les logiciels libres et les standards ouverts. Si ce cadre se met en place, il pourrait transformer la manière dont l’État et les entreprises travaillent ensemble, en réduisant les dépendances externes et en renforçant la résilience des systèmes critiques. Reste à voir comment ces propositions seront traduites en mesures concrètes dans les prochains projets législatifs et budgetaires.