Pour Goldman Sachs, l’IA n’apporte pas grand-chose à l’économie des États-Unis [Revue de Presse] Plusieurs analystes financiers, dont ceux issus de Goldman Sachs, Morgan Stanley ou JP Morgan Chase remettent en cause la croissance que l’industrie de l’intelligence artificielle apporterait à l’économie américaine.
Comment donc ?
Plusieurs analystes financiers, dont ceux issus de Goldman Sachs, Morgan Stanley ou JP Morgan Chase remettent en cause la croissance que l’industrie de l’intelligence artificielle apporterait à l’économie américaine. En parallèle, les alertes sur la manière de comptabiliser le poids des infrastructures dans les investissements des géants numériques se multiplient, y compris de la part de l’agence de notation Moody’s.
Qu’apporte réellement le déploiement de l’intelligence artificielle (surtout générative, appuyée sur de grands modèles de langage) à l’économie ? Pour Goldman Sachs, il se pourrait bien que le domaine n’apporte… rien.
Du moins, pour les analystes de plusieurs autres banques de renom, dont Morgan Stanley ou JP Morgan Chase, le fait de se focaliser sur les montants faramineux d’investissements dépensés dans l’industrie des centres de données pourrait avoir caché le fait que ces flux de financements ne participent pas à la croissance économique des États-Unis, mais plutôt à celle des pays principalement asiatiques où les milliers de puces sont construites pour alimenter les serveurs.
En effet, selon les méthodes de calcul, l’IA pourrait être à la source de plus de la moitié de la croissance économique des États-Unis courant 2025, rappelle le Washington Post. Les cinq plus grosses sociétés du domaine prévoient par ailleurs de dépenser plus de 700 milliards de dollars dans l’IA en 2026, un volume plus ou moins équivalent à celui de l’économie suédoise. Ces chiffres expliquent directement la politique trumpiste de promotion de l’IA et de refus des régulations des sociétés numériques, mais aussi les critiques, notamment de la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, selon lesquelles l’économie américaine serait anormalement dépendante de l’industrie de l’IA.
Gains économiques concrets : le grand flou
Or, selon les calculs récents de divers analystes financiers, le déploiement de l’IA n’aurait généré à peu près aucun impact sur l’économie des États-Unis. En effet, si les investissements d’OpenAI, Microsoft, NVIDIA et consorts sont très élevés, les trois quarts des coûts d’un centre de données dédié à l’IA sont estimés être liés à son équipement informatique. Mais l’essentiel de celui-ci est construit en dehors des États-Unis.
La comptabilité des effets de cette industrie sur l’économie a ceci d’important qu’à défaut d’indicateurs partagés, n’importe quel acteur peut choisir la manière de compter qui convient le mieux à son récit. Cette nouvelle manière de calculer pourrait néanmoins éloigner certaines inquiétudes relatives à la déformation des résultats de l’économie américaine que provoque la hausse du cours de bourse des « sept magnifiques » (NVIDIA, Meta, Tesla, Amazon, Alphabet, Microsoft et Apple). Pour essayer d’y voir plus clair, Goldman Sachs vient d’ailleurs de lancer un index S&P « sans IA », le SPXXAI, qui permet d’investir dans S&P 500 moins toutes les activités liées à l’IA.
Les géants numériques, en effet, ne facilitent la tâche de personne : en novembre, déjà, Michael Burry (dont le pari sur la crise des subprimes de 2008 a été illustré dans le film the Big Short) reprenait la parole sur X pour la première fois en deux ans. Sur le réseau social, il détaillait ce qu’il qualifiait d’amortissements abusifs dans les manières d’évaluer la durée de vie des équipements de centres de données chez les plus grosses valorisations technologiques états-uniennes.
Une comptabilité parcellaire des investissements dans les centres de données ?
En ce mois de février 2026, Moody’s alerte d’ailleurs sur le flou de la comptabilité relative aux centres de données. Pour la banque, les géants numériques ont pu recourir à un trou dans la raquette des règles états-uniennes de comptabilité pour cacher des dizaines de milliards de dollars de potentiel passif pour leurs data center.
Comme Meta ou Oracle, un nombre croissant d’entreprises créent en effet des entités principalement détenues par des acteurs extérieurs pour créer leurs fermes de serveurs. Ce sont ces véhicules qui supportent les coûts de construction, tandis que les Big Tech ne prennent auprès d’elle que des baux de location, quelquefois de relativement court terme – elles s’engagent généralement à verser une indemnité si jamais elles ne renouvelaient pas le contrat. Pour Moody’s, cela crée un risque que les investissements dans les murs et l’équipement ne soient comptabilisés nulle part.
La société de notation indique donc qu’elle exercera ses propres évaluations pour évaluer les passifs futurs à prendre en compte avant d’attribuer une notation à une société technologique, rapporte le Financial Times. Et de préciser qu’un « ajustement quantitatif de la dette sera probablement effectué si nous estimions que le passif locatif déclaré sous-estime les sorties probables de trésorerie ».
Alors que les dirigeants du secteur technologique commencent à s’inquiéter du relatif manque d’intérêt, voire de l’opposition croissante à l’explosion de l’intelligence artificielle, une récente enquête menée par le National Bureau of Economic Research des États-Unis auprès de 6 000 cadres dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie montre que si 70 % des sociétés recourent à l’IA, 80 % d’entre elles ne constatent aucun impact sur l’emploi ou la productivité sur les trois dernières années.