Watergate grec : huit ans de prison pour les prestataires Intellexa Quatre prestataires liés au logiciel Predator ont été condamnés en Grèce pour espionnage, dans l’affaire Predatorgate, aussi surnommée Watergate grec.
Le Watergate grec autour du logiciel espion Predator a pris une dimension judiciaire majeure lorsque, en Grèce, quatre prestataires liés au consortium Intellexa ont été condamnés pour espionnage, marquant une étape dans une affaire remontant à 2020-2022 et visant des dizaines d’opposants politiques, hauts fonctionnaires et journalistes.
Quatre condamnations liées à l’affaire Predatorgate
Les quatre prévenus ont reçu des peines cumulées totalisant 126 ans et huit mois, mais seuls huit ans devront être purgés, le reste des condamnations étant suspensif en appel.
Les accusés sont Tal Dilian, ancien officier militaire israélien et fondateur d’Intellexa; Sara Aleksandra Fayssal Hamou, sa partenaire commerciale; Felix Bitzios, ancien administrateur adjoint et actionnaire d’Intellexa; et Yiannis Lavranos, dont la société Krikel a acquis le logiciel Predator. Le tribunal les a déclarés coupables d’atteinte à la confidentialité des communications téléphoniques, d’altération répétée d’un système d’archivage de données à caractère personnel et d’accès illégal à un système d’information ou à des données.
Contexte et éléments techniques
Le déclencheur de l’affaire remonte à 2022, lorsque Nikos Androulakis, chef du PASOK et député européen, a découvert qu’un logiciel espion illégal baptisé Predator avait été installé sur son téléphone. Predator est l’un des principaux concurrents du spyware Pegasus développé par NSO Group. Des traces de Predator ont ensuite été relevées sur les téléphones d’un grand nombre de figures grecques, selon des sources telles que Reuters et The Record.
Des enquêtes internationales ont suivi: CNN et Reuters ont relayé des enquêtes du parquet grec, et Amnesty International a publié que Predator a aussi touché des cibles à l’étranger, notamment en Angola en 2024 et au Pakistan en 2025. Le dossier a ébranlé l’administration de centre droit et provoqué le limogeage du chef du service national de renseignement (EYP) et du chef de cabinet du Premier ministre; la Grèce a néanmoins poursuivi les poursuites pénales contre les principaux suspects.
Rôle des partenaires et portée internationale
Intellexa est associée à Cytrox, et Nexa (ex-Amesys) est le partenaire français du consortium. En 2021, Nexa a été mise en examen pour des actes liés à des tortures et disparitions forcées dans certains pays. En 2023, Amnesty International a révélé que Predator avait été vendu dans environ 25 pays via Nexa, et Nexa s’est retirée du marché de la cybersurveillance; elle a été rachetée par Chapsvision.
« L’Union européenne est un sanctuaire pour les fabricants de logiciels espions », affirment des critiques.
Sur le plan américain et européen, des mesures punitives ont touché Intellexa et Cytrox: les deux entreprises figurent sur des listes de sanctions; certains dirigeants, dont Dilian et Hamou, ont été visés par des mesures américaines, dont des ajustements récents selon les administrations en place.
Pour terminer
Cette affaire illustre les tensions entre sécurité nationale et droits civiques, et pose la question des limites de l’usage des logiciels espions par des prestataires privés. Le verdict grec ouvre la voie à d’autres poursuites dans la même affaire, tout en laissant des zones d’ombre sur les mécanismes de contrôle et les responsabilités internationales. Ce qu’il faudra surveiller, ce sont les évolutions juridiques et les mesures de transparence qui suivront.