UK : Telegram ne modère pas le vaste marché noir sanctionné Royaume-Uni sanctionne Xinbi Guarantee sur Telegram, mais les comptes clés restent actifs et les échanges persistent.
Xinbi Guarantee est un vaste marché noir actif sur Telegram, largement financé par des crypto-monnaies et impliqué dans le blanchiment, les escroqueries relatives aux cryptoactifs et, selon certains rapports, des activités liées au trafic d’êtres humains et à la prostitution de mineurs. Le Royaume-Uni l’a sanctionné à la mi-mars, mais les comptes principaux de ce réseau se maintiennent sur l’application, selon Wired et d’autres analyses.
Depuis plus de trois ans, Xinbi Guarantee s’est imposé sur Telegram, avec des volumes qui, d’après Wired, ont atteint environ 21 milliards de dollars de transactions en langue chinoise depuis sa création. Après les sanctions, le réseau aurait facilité environ 505 millions de dollars d’échanges. Cette persistance soulève une question: comment une plateforme comme Telegram peut-elle tolérer une telle activité malgré les restrictions officielles?
Personnellement, ce décalage entre les sanctions et l’accès continu aux services démontre les limites de la modération et le défi du traçage financier sur les crypto-actifs.
Sanctions britanniques et persistance du réseau Xinbi Guarantee
Le gouvernement du Royaume-Uni a inscrit Xinbi Guarantee sur sa liste de sanctions mi-mars, l’intégrant dans une action plus large visant les opérateurs d’arnaques en Asie du Sud-Est, et en particulier les réseaux exploitant des cryptoactifs comme XinbiPay. L’objectif affiché était d’isoler la place de marché et de perturber sa capacité à effectuer des transactions, tout en protégeant les victimes potentielles.
Dans le même temps, les autorités soulignent que Xinbi Guarantee s’appuie sur des infrastructures publiques pour opérer, ce qui contribue à sa visibilité et à sa résilience. Selon Wired, ce marché a été utilisé pour des services d’escroquerie et de phishing, et l’échec à bloquer les comptes principaux montre la difficulté de supprimer complètement ces réseaux.
« Ça me dépasse. Il n’y a littéralement aucune entreprise légitime au monde qui accueille ce niveau d’activité criminelle et qui l’affiche si ouvertement », remarque Gary Warner, chercheur en cybersécurité, cité par Wired.
Telegram comme infrastructure d’échanges et limites de modération
Telegram affirme interdire le spamming et les activités illégales, mais les règles ne suffisent pas à empêcher la mise en place et l’usage d’un réseau d’escroquerie comme Xinbi Guarantee. Trois semaines après l’annonce britannique, les principaux comptes gérant ce marché ne seraient pas bloqués, et plusieurs groupes associatifs de fraude continueraient de prospérer sur la plateforme.
Par ailleurs, l’affaire recoupe d’autres enjeux: en 2025, Telegram avait temporairement suspendu Xinbi Guarantee puis l’avait laissé se déployer à nouveau en juin, justifiant que ces hubs serviraient à déplacer des fonds à l’international, et ce, malgré la gravité des activités échangées. Cette explication a été accueillie avec scepticisme par les experts et les défenseurs des droits des victimes.
Contexte et défis de régulation
Le dossier s’inscrit dans une dynamique plus large d’un redoublement d’efforts contre les arnaques en ligne et les centres illégaux opérant en Asie du Sud-Est, comme le centre nommé #8 Park au Cambodge et les ONGs qui suivent les flux financiers illicites. L’ONU et les forces de police de plusieurs États alertent sur l’augmentation des fraudes en ligne, du phishing et des ventes de données personnelles. En parallèle, des associations comme AI Forensics ont pointé des cas de diffusion d’images non consenties sur Telegram, appelant à qualifier la plateforme comme une « très grande plateforme en ligne » dans le cadre du règlement DSAS.
« La régulation européenne pourrait renforcer la gestion des risques, mais Pavel Durov a répliqué en évoquant une forme de censure », explique-t-on dans les échanges publics autour du sujet.
Pour terminer
Ce dossier illustre les défis complexes entre modération des plateformes et traçage des flux financiers illicites. Même avec des sanctions formelles, des réseaux comme Xinbi Guarantee profitent encore d’un accès facilité à Telegram et de mécanismes crypto qui compliquent les efforts de coupure. L’avenir dépendra de la capacité des autorités et de la plateforme à coordonner des réponses plus robustes et à suivre les fonds, tout en protégeant les victimes et en renforçant la modération.