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Wine 11 change de braquet et propulse Linux au sommet du jeu [Revue de Presse]

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Wine 11 change de braquet et propulse Linux au sommet du jeu [Revue de Presse] Wine 11 débarque et change la manière dont les distributions Linux vont piloter les jeux Windows. L'évolution est spectaculaire. Wine 11 change de braquet et propulse Linux au sommet du jeu © MiniMachines.

Avec Wine 11, le jeu sous Linux vient de connaître un bouleversement important. Imaginez un jeu qui fonctionne à un respectable 50 images par seconde sous Linux qui passe d’un coup à plus de 300. Rien n’a changé dans votre machine. Le jeu n’a pas eu de patch C’est simplement un « bout de code » qui a été mis à jour. Cela laisse rêveur ? C’est pourtant exactement ce qui arrive avec l’apparition de NTSYNC au cœur de Wine 11.

Wine 11

Je ne reprendrai pas la théorie de A à Z mais, à très gros traits, Wine 11 est un outil qui va lire, comprendre et traduire sous Linux le code écrit pour Windows afin de le rendre exploitable. Le nom Wine est une espèce de mise en abîme tautologique assez fine qui veut dire « Wine Is Not an Emulator ». Pas un émulateur donc, au sens des logiciels qui émulent de vieilles consoles par exemple. Non, une réinterprétation du code à la racine pour l’executer autrement.

La nuance est assez importante car elle protège de Wine 11 de toute attaque de son écriture pour des raisons légales. Wine, en ne copiant pas le fonctionnement du code, se préserve d’un point de vue droit. Cela pose par contre d’assez lourds problèmes techniques. Essayer de faire ce que fait Microsoft et qui a été optimisé pour Windows sans les mêmes outils, c’est évidemment compliqué. Surtout pour le jeu vidéo qui a été littéralement bâti pour Windows autour d’outils comme DirectX.

Le jeu sur Linux part donc de très loin. Les premières versions de Wine que j’ai pu tester ne cherchaient pas à refaire le monde mais à lancer simplement des outils de base qui n’existaient pas encore sous Linux. Souvent pour des raisons de droit et de gestion de fichiers. Cela n’allait pas très vite, on relevait souvent des bugs, mais le tout rustinait quelques problèmes à l’époque1.

Si pendant longtemps Wine était un outil réservé à des usages professionnels ou du moins « basiques » pour une informatique moderne, un gros changement a eu lieu en 2018 avec l’apparition de Proton, la solution de Valve pensée pour le jeu et le Steam Deck sous Linux. Valve lâche alors un gros morceau technique qui va permettre de jouer sous Linux avec des titres Windows. C’était déjà possible avant Proton mais ce n’était pas forcément de tout repos ni très optimisé. Cette évolution technique posée, Wine va prendre ses aises et gagner en performances au fur et à mesure de ses évolutions. Ce ne sera pas miraculeux mais un énorme travail de  correction de bugs et de mises à jour va être fait. Souvent dans l’ombre de Patchnotes longues comme le bras, une armée de développeurs s’attaquent a rendre le nouveau vaisseau capable de prendre en charge de plus en plus de programmes écrits pour Windows.

 

Wine 11 change la donne

Des centaines de bugs, des milliers de lignes réécrites, c’est en général ce qu’indique Wine dans ses mises à jour. Ce n’est pas super spectaculaire ni facile à mettre en avant pour un outil informatique. Pour Wine 11 c’est encore le cas, le travail de développement est massif mais il s’accompagne d’une jolie surprise. Elle n’est toujours pas simple à mettre en avant avec un nom imprononçable. Mais Wine 11 met en avant NTSYNC. Un outil qui a demandé un développement sur plusieurs années et qui change drastiquement la manière dont Wine fonctionne afin d’optimiser des tâches hypergourmandes pour faire tourner les jeux modernes. Ce changement va se faire en cascade, tous les outils qui emploient Wine comme base de construction vont en profiter. 

Depuis des années, Wine fonctionne avec les solutions « winesync », « esync » et « fsync ». Ces outils permettent au système Linux de faire tourner des jeux en prenant en compte des multitudes de calculs. Pour construire leur univers, les jeux modernes font appel à toute la puissance des processeurs et à tous leurs cœurs. Certains vont piloter les évènements du jeu, d’autres la partie audio. La gestion physique des interactions du monde et toute la logistique de pilotage des textures à charger, des fichiers à diriger, les dialogues du réseau… Le tout doit être orchestré dans un temps précis. Ainsi, si une tâche nécessite une texture en particulier, il faut nécessairement qu’elle soit chargée avant de lancer l’affichage. Même chose pour le son, on ne peut pas entendre un bruit de choc avant que l’évènement se déroule à l’écran. Cette logique se pousse milliseconde après milliseconde avec précision. On n’imagine pas qu’un élément puisse être manipulé dans deux états différents simultanément.

Construits pour Windows, les jeux utilisent des technologies propres au système pour gérer cette énorme partition d’évènements en temps réel. Les différents chefs d’orchestre sont des routines intégrées au système de Microsoft et les développeurs de jeux dialoguent avec elles pour optimiser au mieux le résultat. L’opération se passe donc au travers d’une symphonie qui a eu droit à des présentations en bonne et due forme et de longues années d’entrainement et de répétitions. Wine ne peut pas faire cela. À la place, le logiciel présente chaque évènement à un chef d’orchestre créé pour l’occasion qui doit se débrouiller comme il peut pour donner le tempo.

Ce qui pose rapidement un petit souci car la méthode est compliquée. Elle demande un travail incessant au système qui doit gérer des milliers et des milliers d’évènements chaque seconde. Et, parfois, lorsque le système est débordé, elle génère des ralentissements. Si le nombre d’images par seconde est correct, Wine marque des ralentissements, des manques d’images ou des « sauts » techniques qui vous téléportent en jeu.

Esync et Fsync ont tenté de mieux jouer chaque symphonie en s’appuyant sur des solutions présentes dans les systèmes Linux pour les orchestrer. Esync développé chez CodeWeavers par Elizabeth Figura a été une superbe solution malgré ses limitations. Fsync, de la même développeuse a notablement amélioré les performances globales avec d’autres méthodes. Des outils qui demandaient des fonctions qui n’ont jamais été intégrées dans le noyau Linux global. Ce qui limitait fortement son usage aux utilisateurs les plus expérimentés. Pas vraiment l’idéal pour le grand public.

Wine 11 passe à NTSYNC

Esync et Fsync étaient donc des rustines techniques. Ecxellentes mais limitées. NTSYNC change d’approche. Sans trop rentrer dans les détails, l’outil est un nouveau chef d’orchestre, robuste et diligent, qui se positionne en remplaçant celui de Windows. Le nouveau venu sait exactement quoi faire, connait parfaitement son solfège et se positionne comme le donneur de tempo parfait pour Linux. Développé, encore, par Elisabeth Figura, il change le comportement de Wine

NTSYNC est un développement de longue haleine par une personne de grand talent. Si bien que le web Linuxien remonte le genre de meme que vous voyez juste au-dessus. Tout le monde s’accorde à dire que le travail mené est impressionnant. 

NTSYNC versus WineSync

NTSYNC versus WineSync

Et le jeu en valait la chandelle. Les résultats sont vraiment spectaculaires. Un benchmark du jeu Dirt3 lui fait exploser les compteurs. Le jeu passe de 100 images par seconde sou Winesync à plus de 800 sur la même machine, sans rien changer d’autre. Le jeu Call of Juarez explose de 100 a 220 ips. Certains titres plus récents passent de médiocres à jouables Resident Evil 2 par exemple grimpe d’un faible 25 à plus de 70 images sur le même matériel. Call of Duty: Black Ops I devient exploitable sur Linux. Le gain depuis Esync est très notable, il l’est moins depuis Fsync mais au contraire de celui-ci, NTSYNC est directement intégré dans le noyau Linux 6.14. Ce qui apporte donc une excellente jouabilité sur un plateau à beaucoup plus utilisateurs. 

Ces gains sont directement liés à la manière dont chaque jeu fonctionne et, comme expliqué en début de billet, au nombre de travaux à piloter en simultané. Toutes les distributions vont pouvoir en profiter. Ubuntu, Fedora et… SteamOS. Valve a déjà ajouté NTSYNC sous SteamOS 3.7.20 beta ce qui signifie qu’à terme, toutes les console Steam Deck et toutes les distributions exploitant SteamOS vont en profiter également.

Attention cependant, point trop d’optimisme. Les chiffres donnés sont très évocateurs et donnent l’impression d’une évolution quasi magique. C’est le cas mais dans certaines conditions. Passer de Fsync à NTSYNC ne fera pas évoluer autant vos résultats en jeu. Sur SteamOS par exemple, Fsync est déjà implémenté et les résultats obtenus après la mise à jour ne seront donc pas aussi spectaculaires. 

Ce qu’il faut retenir ici n’est donc pas la puissance obtenue par NTSYNC mais son déploiement vers le noyau de Linux qui fait que toutes les distributions vont pouvoir en profiter. Le commun des mortels, même non technophile, aura droit à un gain de performances équivalent à ce qu’un expert pouvait obtenir en patchant son système avec Fsync. Les annonces qui expliquent que chaque jeu va doubler ses performances ou qu’un jeu sous Windows serait systématiquement plus performant sous Linux avec NTSYNC ne sont pas sérieuses.

Les studios communiquent désormais sur la compatibilité Linux et Steam Deck de leurs jeux.

Les studios communiquent désormais sur la compatibilité Linux et Steam Deck de leurs jeux.

Linux devient encore plus opérationnel

L’alignement de planètes est impressionnant pour Linux en ce moment. La crise des composants fait que de plus en plus de particuliers comme de professionnels vont chercher à optimiser leur matériel au mieux et le plus longtemps possible. Des milliers de postes ont été mis au placard suite au passage forcé de Windows 10 à Windows 11 et beaucoup d’utilisateurs particuliers comme professionnels regardent avec envie ces machines anciennes souvent bien dopées en mémoire vive qui dorment dans un coin. Leur retour sur le devant de la scène sous Linux est devenu quelque chose.

Il va sans dire que pour un particulier, pouvoir installer un Linux efficace, peu gourmand, parfaitement fonctionnel, sécurisé et optimisé pour des machines dont ne veut plus Microsoft est plus que séduisant. Mais si en plus ces machines permettent de lancer des jeux Windows très correctement avec Wine 11, le basculement pourrait changer de philosophie. Passer d’un mouvement nécessaire à un choix clairement volontaire.

Le jeu est une excellente publicité pour le système. On l’a vu avec Steam OS et le succès du Steam Deck. Imaginez l’impact sur les joueurs si demain les distributions Linux communiquent en expliquant que, suite à leur prochaine mise à jour, une nouvelle galaxie de jeux deviendront exploitables sur leurs systèmes ? Pas besoin d’acheter de matériel supplémentaire, pas besoin de rajouter de la mémoire hors de prix ou de changer de carte graphique. Une simple mise à jour et un jeu qui trainait à 20-25 images par seconde frôlera désormais les 70.

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