Baisse du budget du CNRS : rupture dans le financement de la recherche Des agents du CNRS dénoncent une rupture budgétaire et ses conséquences sur les laboratoires et la recherche publique. La baisse du budget du CNRS n'est pas un simple ajustement, mais une rupture du financement de la recherche publique en France.
La baisse du budget du CNRS n'est pas un simple ajustement, mais une rupture du financement de la recherche publique en France. Des agents et directeurs d’unité alertent sur une diminution qui s’ajoute à des flux budgétaires déjà réduits, dans un contexte où les investissements internationaux et les orientations politiques influent sur la compétitivité scientifique.
Une rupture budgétaire qui dépasse l’ajustement
Le CNRS a annoncé, en interne, une projection de réduction de 20 M€ de dépenses pour 2026 afin de préserver une trésorerie non fléchée de quelques dizaines de millions d’euros. Sur ce total, 13,5 M€ seraient prélevés sur les dépenses des laboratoires et 6,5 M€ sur des investissements immobiliers. Cette information intervient plusieurs semaines après la reconduction partielle d’Antoine Petit à la tête de l’organisme.
Au moment où 735 agents, dont 540 directeurs d’unité, signaient une tribune dénonçant une « rupture », les signataires rappellent que le CNRS a déjà subi une ponction budgétaire significative: « en deux ans, le budget et la trésorerie ont été réduits de plus d’un demi-milliard d’euros, sous l’effet de charges nouvelles sans compensation ». Le message est clair: les laboratoires ne financent pas une abstraction; ils achètent des équipements, financent des expériences, accueillent doctorants et chercheurs et facilitent les échanges internationaux.
Ce que cela signifie concrètement pour les laboratoires
Pour les équipes, la réduction des crédits labos se traduit par des difficultés à maintenir les activités. Les budgets alloués aux laboratoires servent à acheter du matériel, à soutenir les expériences et à assurer les formations des jeunes chercheurs. Une approche budgétaire qui, selon les signataires, risque d’“arrêter concrètement des recherches” si elle se prolonge.
Dans le domaine des mathématiques, un collectif de directeurs de laboratoire a publié une tribune dans Le Monde imputant une ponction supérieure à 8 % du budget 2026 déjà alloué. Un quart de l’exercice est écoulé et les engagements prévus sont remis en cause, selon ces spécialistes.
Contexte international et questions de financement
Les inquiétudes ne se limitent pas à l’Union européenne ou à la France. Les signataires soulignent que la Chine prévoit une hausse d’environ 10 % du budget gouvernemental consacré à la recherche, accentuant la divergence avec la France et les autres économies avancées. Un contexte où les appels à projets et les mécanismes de financement compétitif pèsent davantage sur les équipes, au détriment de la planification à long terme.
Fin 2023, une réforme des organismes publics de recherche avait été envisagée pour les transformer en « agences de programmes », renforçant la gestion par appels à projets. Si certains changements ont été opérés, aucun texte de loi clair n’a précisé la nouvelle orientation souhaitée par le gouvernement. Les coupes répétées et l’obligation de passer par des appels à projets contribuent à une forme de fonctionnement « par bouts de ficelle », selon les chercheurs.
Limites et incertitudes
La loi de programmation pluriannuelle de la recherche avait pour ambition d’améliorer l’attractivité et l’évaluation de la recherche publique. Or, la diminution des crédits et les contraintes liées aux appels à projets apparaissent comme des facteurs qui restreignent les perspectives d’innovation et la stabilité des équipes. Le risque majeur est une réduction progressive de la capacité à envisager des recherches exploratoires et imprévisibles.
Pour terminer
La situation du CNRS illustre un dilemme central pour la recherche française: financer l’avenir tout en assurant une stabilité budgétaire à court terme. La question demeure ouverte: comment concilier les exigences de compétitivité internationale et la pérennité des équipes de recherche publiques en France ?